Nous sommes alors dans quart de finale de la 13e édition de la Coupe du Monde de football au Mexique en 1986. C’est avec ce match qu’el Pibe de Oro, Diego Armando Maradona, va écrire l’une des lignes les plus marquantes de sa légende. Pendant 90 minutes de football magique, il sera à tour de rôle, le bon, la brute et le truand.
Comme c’est souvent le cas pour ce type de rencontre, le match met environ une dizaine de minutes à s’ouvrir. Maradona obtient un coup franc devant la surface à la 9e minute mais tire dans le mur. A la 13e minute, les Anglais se procurent une occasion grâce à une glissade de Pumpido qui permet à Beardsley d’avoir une possibilité de marquer en frappant rentrant vers le but vide mais il manque le cadre. La suite de la mi-temps est sous le signe de la domination Argentine : grâce à sa supériorité technique et le mouvement perpétuel de ses joueurs, ils ont le contrôle de la possession et se procurent des situations sans parvenir à créer un grand danger sur la cage de Shilton. 0-0 à la pause.
Et c’est à la 51e minute que le n°10 Argentin va commencer à faire rentrer ce match dans l’irrationnel : il percute plein axe en slalomant comme lui seul sait le faire puis décale à l’entrée de la surface à Valdano qui rate son contrôle. Son adversaire direct, Hodge, repousse en arrière vers son gardien par une passe lobée. Maradona, qui avait poursuivi sa course, s’élève plus haut que Shilton et dévie le ballon de la main. L’arbitre central et de touche cafouillent et finissent par valider le but malgré l’énorme frustration des joueurs Anglais (scène rare à l’époque).
4 minutes plus tard seulement, el Pibe de Oro va de nouveau marquer l’histoire, mais cette fois par la grandeur avec le but du siècle. Il récupère le ballon dos au but dans son camp proche de la ligne médiane, entre deux Anglais qu’il élimine en revenant sur lui même puis ensuite en changeant de direction sur le côté. Lancé, il va continuer de progresser à pleine vitesse vers le but Anglais. Il élimine un joueur puis deux et se retrouve en duel face à Shilton. Il crochète également ce dernier et marque dans le but vide de l’extérieur du pied gauche.
La suite de la rencontre est assez classique : les Argentins baissent un peu le pied et les Anglais vont progressivement pousser de plus en plus. Par une très belle action initiée par Hodge et Barnes que convertit Lineker de la tête à la 81e minute. Maradona réussit dans la foulée un nouveau festival et transmet à Tapia qui frappe sur le poteau. A 3 minutes de la fin, sur un nouveau débordement de Barnes qui aura dynamiter le match avec son entrée, Olarticoechea dégage de justesse le ballon devant Lineker qui allait égaliser. 2-1 score final.
Selon Tuco dans le western de Sergio Leone, le monde se divise en deux catégories : ceux qui passent par la porte et ceux qui passent par la fenêtre. Diego Maradona, pendant ce match est passé par la porte, la fenêtre mais aussi la cheminée, prouvant qu’il était dans une catégorie de joueurs à part.
Ci-dessous le résumé du match, commenté par Thierry Roland et Jean-Michel Larqué. Le match est également en entier sur youtube gratuitement sur la chaîne de la Fifa.
La prestation Argentine
Moderne dans sa façon de jouer avec le ballon, l’Argentine a pu produire une multitude de combinaisons au sol grâce aux nombreuses projections de ces ailiers notamment mais aussi de ses milieux axiaux. Dans les transitions ainsi que sur l’aspect défensif, son projet de jeu était en revanche bien encré dans son époque.
Jeu offensif | 4,5 / 5 |
Animation défensive | 3,5 / 5 |
A la récupération du ballon | 2,5 / 5 |
A la perte du ballon | 2 / 5 |
Total prestation collective | 12,5 / 20 |
La prestation Anglaise
Si les Anglais ont fourni une prestation solide défensivement aux abords de leur surface, c’est bien le seul point positif collectivement de leur rencontre. Ils s’en sont remis offensivement à des exploits individuels ou quelques mouvements à deux ou à trois mais cela n’a pas suffit pour espérer mieux.
Jeu offensif | 2 / 5 |
Animation défensive | 3,5 / 5 |
A la récupération du ballon | 2 / 5 |
A la perte du ballon | 3 / 5 |
Total prestation collective | 10,5 / 20 |
- Maradona: éclairant le jeu sur presque toutes ses touches de balle, il a fourni une des meilleures prestations individuelles de tous les temps. Il a démontré qu’il pouvait faire jouer ses partenaires mais aussi éliminer n’importe quel défenseur individuellement, et souvent avec fantaisie.
- Burruchaga: l’ailier argentin est le symbole de l’allant offensif de son équipe. Il s’est beaucoup projeté vers l’avant, balle au pied ou par ses appels entre les lignes. Sans compter son repli défensif sérieux.
- Beardsley: l’attaquant Anglais a fourni une énorme débauche d’énergie pour gêner la relance des milieux adverses mais aussi pour apporter le danger sur le but argentin grâce à ses appels dans la profondeur. Il a manqué de réussite pour marquer un but magnifique à la Pauleta en début de match.
- Stevens et Fenwick: l’arrière droit et l’arrière central anglais ont été dépassés et en retard tout le match à cause du jeu en triangle offensif des argentins. Qui plus est leurs relances ont été mauvaises dans l’ensemble.
- Battista: trop peu mobile dans ses prises de balle et trop peu percutant dans ses passes, la plaque tournante Argentine n’a pas eu l’influence qu’il cherche à avoir habituellement sur le jeu.
LA CLE DU MATCH
Ce qui a fait basculer la rencontre sont les projections offensives des milieux argentins qui ont permis la création de triangles offensifs réguliers. Quasi toutes les actions de déséquilibre viennent de ces situations là, car la défense anglaise avait tendance à être trop alignée pour bien gérer les angles de passe adverses amenés par les triangles. Pour que ces triangles fonctionnent, les Argentins jouent en moins de 3 touches de balle quasi systématiquement dès qu’une passe est faite vers l’avant dans la densité Anglaise pour continuer à avancer et rentrer dans la surface.
LES TROIS POINTS (A RETENIR !)
- Contrairement à ce que peut dégager les compilations vidéos de Maradona, il n’était pas qu’un soliste capable de chevauchées individuelles magiques mais aussi un excellent distributeur au sens du n°10 de l’époque.
- Il a écrit une des plus belles pages de sa légende lors de ce match en étant le bon (un vrai capitaine et n°10 qui prend ses responsabilités et régale ses coéquipiers), la brute (physiquement au dessus de tout le monde, il résiste à toutes les charges brutales des Anglais sans sourciller et marque même le but du siècle) et le truand (vicieux et malin, prêt à tout pour gagner il marque en trompant les arbitres grâce à l’aide de la « main de Dieu » selon lui, ce qui donnera le nom du premier but).
- Enfin, on constate de vraies différences culturelles avec notre football moderne : beaucoup plus de dureté de la part des joueurs. D’énormes charges ou tacles très violents sont réalisés mais acceptés par tout le monde (très peu de simulations) et un arbitrage globalement très respecté.
CONCLUSION : LA NOTE DU MATCH
Niveau technique | Niveau tactique | Niveau athlétique | Niveau mental | Scénario |
2,5/4 | 1,5/4 | 3/4 | 3/4 | 3,5/4 |
